Illustration d'un homme avançant vers son bureau, un dossier à la main, devant un ordinateur portable, dans un espace professionnel baigné de lumière.
Décider de faire autrement ne suffit pas toujours. Lorsque nous retrouvons un environnement familier, certaines réponses reviennent avec lui. Comprendre ce qui les maintient peut nous aider à distinguer ce qui mérite d'être conservé de ce qui demande un nouvel ajustement.

À peine rentré, l'agenda se remplit.

Les réunions reprennent. Les messages s'accumulent. Les demandes arrivent. Les horaires se resserrent. Très vite, les journées retrouvent une organisation familière.

Et avec elle, parfois, exactement ce que l'on s'était promis de faire autrement.

Ne plus répondre à tout, tout de suite. Déléguer davantage. Préserver certains créneaux. Poser une limite que l'on repousse depuis longtemps. Ne plus accepter systématiquement la demande supplémentaire. Prendre enfin au sérieux cette question professionnelle ou personnelle laissée ouverte avant la pause.

L'intention était pourtant là.

Alors pourquoi est-il parfois si difficile de changer ses habitudes, même lorsque nous avons clairement décidé de le faire ?

La réponse est plus complexe qu'un simple manque de volonté.

Nous avons facilement tendance à imaginer le changement comme une succession logique : je prends conscience de ce qui ne me convient plus, je décide de faire autrement, puis je change.

Dans la réalité, les choses sont rarement aussi linéaires.

La sociale étudie depuis longtemps l'écart entre les intentions et les comportements. Une méta-analyse de Thomas Webb et Paschal Sheeran, fondée sur 47 tests expérimentaux, montre qu'une modification moyenne à importante de l'intention s'accompagne, en moyenne, d'une modification plus modeste du comportement.

Vouloir changer et parvenir à agir durablement autrement sont deux choses différentes.

Cette distance peut être particulièrement sensible après une interruption. Les vacances peuvent produire un effet positif, mais modeste, sur la santé et le bien-être. Une méta-analyse de Jessica de Bloom et de ses collègues indique cependant que ce bénéfice tend à s'estomper rapidement après la reprise du travail. Les auteurs restent prudents sur les mécanismes qui expliquent cette diminution.

La pause peut nous avoir permis de souffler, de prendre du recul, parfois même de voir plus clairement ce que nous ne souhaitons plus. Puis nous revenons.

Et nous ne revenons pas seuls avec nos intentions. Nous retrouvons aussi un environnement.

Un comportement répété n'est pas indépendant des circonstances dans lesquelles il se produit.

Dans leur synthèse sur la des habitudes, Wendy Wood et Dennis Rünger expliquent que celles-ci se construisent notamment lorsque les mêmes réponses sont répétées dans des contextes récurrents. Avec le temps, certains éléments du contexte peuvent être associés au déclenchement de la réponse, qui devient plus automatique.

Autrement dit, nous ne retrouvons pas seulement notre bureau, notre domicile ou notre emploi du temps.

Nous retrouvons l'heure à laquelle nous consultions nos messages. La personne à laquelle nous répondions toujours immédiatement. La réunion acceptée sans vraiment la questionner. Le rythme des urgences. Les attentes de l'entourage ou de l'équipe. La manière dont nous occupions notre rôle.

D'autres travaux expérimentaux sur l'apprentissage soulignent la dépendance des habitudes aux indices qui les précèdent et montrent qu'un changement de contexte peut modifier l'équilibre entre réponse habituelle et action orientée vers un but. Ils ne décrivent pas directement la vie professionnelle, mais invitent à ne pas considérer l'habitude comme une caractéristique isolée de la personne.

Une revue systématique consacrée au maintien du changement comportemental élargit encore cette perspective. Elle identifie cinq dimensions interdépendantes : les motivations, l'autorégulation, les ressources psychologiques et physiques, les habitudes, ainsi que les influences environnementales et sociales.

Changer ne se passe donc jamais tout à fait dans le vide.

Lorsque je recommence à fonctionner comme avant, il ne s'agit pas nécessairement d'un manque de volonté ou d'un renoncement à ce que j'avais décidé. Mon intention rencontre aussi des habitudes installées, des relations, des contraintes et les ressources dont je dispose à ce moment-là.

La -thérapie permet de regarder cette question sous un autre angle. Elle ne considère pas la personne séparément de ce qu'elle rencontre. L'expérience prend forme dans la entre la personne et son environnement.

Dans Comprendre et pratiquer la -thérapie, Chantal Masquelier-Savatier décrit deux mouvements complémentaires : l'ajustement conservateur et l'ajustement créateur.

L'ajustement conservateur nous permet de nous appuyer sur ce qui est déjà connu, acquis et intégré. Il serait impossible, et épuisant, d'inventer une réponse entièrement nouvelle à chaque instant. Nous avons de continuité.

La difficulté apparaît lorsqu'une réponse familière continue à s'imposer alors que les conditions ont changé et qu'elle ne répond plus suffisamment à la situation présente. L'ajustement créateur désigne alors la possibilité de faire émerger une réponse nouvelle au contact de ce qui est réellement là.

L'enjeu n'est donc pas de choisir une fois pour toutes entre conserver et changer. Il consiste à garder suffisamment de fluidité entre ces deux possibilités.

La notion d'habitude et celle d'ajustement conservateur appartiennent toutefois à deux cadres différents, l'un expérimental, l'autre clinique. Ils peuvent être mis en dialogue parce qu'ils éclairent tous deux la persistance de certaines réponses dans un contexte donné, sans que l'un constitue la preuve scientifique de l'autre.

À la rentrée, le discours sur le changement peut rapidement devenir une nouvelle injonction. Il faudrait repartir autrement, modifier son organisation, retrouver un meilleur équilibre ou devenir une meilleure version de soi.

Mais pourquoi faudrait-il nécessairement changer ?

Certaines habitudes nous soutiennent. Certains repères structurent utilement nos journées. Une manière de travailler que nous avions questionnée avant la pause peut même se révéler encore adaptée une fois retrouvée.

Changer n'est pas toujours faire autrement. C'est parfois pouvoir vérifier que ce que l'on faisait reste juste aujourd'hui, puis le reprendre en connaissance de cause.

La question n'est donc pas d'abord : « Qu'est-ce que je dois changer ? »

Elle peut devenir : « Est-ce que cette manière de faire répond encore à ce que je vis aujourd'hui ? »

Si oui, il n'y a rien à réparer.

Si non, une autre question devient possible : « Qu'est-ce qui fait que je continue pourtant à fonctionner ainsi ? »

C'est là que le changement devient plus intéressant qu'une résolution prise à la rentrée.

Au travail, une difficulté supplémentaire apparaît. Il n'est pas toujours facile de distinguer ce que notre fonction exige réellement de ce que nous avons progressivement appris à exiger de nous-mêmes.

Être manager implique des responsabilités. Mais cela implique-t-il d'être disponible en permanence ? Diriger suppose de prendre des décisions. Mais faut-il pour autant tout porter seul ? Être fiable signifie-t-il ne jamais dire non ? Être engagé impose-t-il de répondre immédiatement à chaque sollicitation ?

À force de répétition, certaines manières d'occuper un rôle peuvent finir par sembler appartenir au rôle lui-même.

Prenons un exemple.

Un responsable revient de congés avec une intention claire : mieux répartir sa charge, déléguer davantage et protéger certains créneaux de travail.

Le premier jour, une urgence réelle se présente. Il la prend en charge lui-même. Le lendemain, une réunion récurrente reprend à son horaire habituel, précisément sur le créneau qu'il voulait préserver. Quelques jours plus tard, une collaboratrice lui demande de reprendre un dossier « juste cette fois ». Il accepte.

Aucune de ces décisions n'est nécessairement problématique lorsqu'elle est considérée isolément.

Pourtant, à la fin de la semaine, une grande partie de l'organisation qu'il souhaitait faire évoluer s'est déjà reconstituée.

Il n'a pas forcément abandonné son intention. C'est l'accumulation de petits ajustements, chacun apparemment justifié sur le moment, qui a progressivement reformé l'ancien fonctionnement. Souvent, l'écart ne devient visible qu'après coup.

Certaines façons de faire ne se modifient pas simplement parce que nous avons décidé de les modifier. Elles ne sont pas apparues au hasard. Elles ont parfois été de bonnes réponses.

Prendre beaucoup en charge a pu permettre d'être reconnu comme fiable. Éviter le conflit a pu préserver certaines relations. Anticiper sans cesse a pu aider à évoluer dans un environnement imprévisible. Ne jamais demander d'aide a pu soutenir un sentiment d'autonomie. Dire oui rapidement a pu éviter de décevoir.

Dans une perspective gestaltiste, la question n'est donc pas seulement de supprimer un comportement devenu gênant. Il s'agit aussi d'explorer à quoi cette manière de s'ajuster a répondu et ce qu'elle continue éventuellement à protéger aujourd'hui.

Un ajustement peut avoir été pertinent dans un environnement donné, puis devenir moins adapté lorsque les conditions changent et que la réponse demeure.

Au lieu de nous demander seulement : « Pourquoi est-ce que je fais encore cela ? », nous pouvons commencer par nous demander : « Dans quelles situations cela revient-il ? À quoi cette manière de faire répond-elle encore pour moi ? »

Il faut que je réponde. Il faut que je sois disponible. Il faut que j'accepte. Il faut que je tienne. Au contact du rythme, des attentes et des contraintes, certains « je choisis » peuvent progressivement redevenir des « il faut ».

C'est un point de rencontre avec la Communication NonViolente. Retrouver sa responsabilité ne signifie pas nier les contraintes réelles. Il s'agit de mieux distinguer ce qui s'impose effectivement de ce qui relève encore d'un choix possible. Un « oui » donné presque automatiquement n'engage pas de la même manière qu'une réponse formulée après avoir vérifié ce que nous voulons et pouvons réellement assumer.

Une pause ne transforme pas nécessairement nos manières de fonctionner, mais elle peut créer de l'espace. Un rythme devenu trop dense, une responsabilité qui déborde, une qui coûte, une décision repoussée ou une limite devenue plus perceptible ont peut-être pris davantage de place.

Une direction a pu commencer à se préciser.

La reprise est le moment où cette direction rencontre la réalité.

Il ne s'agit pas de vérifier si nous avons réussi à tenir une résolution. Il s'agit d'observer ce qui se passe lorsque notre intention rencontre de nouveau nos contraintes, nos relations, nos habitudes et notre environnement. C'est souvent là que nous découvrons ce qui peut changer assez facilement et ce qui résiste davantage.

Il arrive que cette observation suffise. Une habitude redevient visible, une autre réponse devient possible, une limite peut être posée autrement.

Et parfois, non.

Nous pouvons savoir depuis longtemps que nous prenons trop en charge, que nous évitons certaines conversations, que nous disons oui trop vite ou que nous revenons toujours vers le même fonctionnement. Nous pouvons même savoir précisément ce que nous voudrions faire à la place. Et pourtant, cela se répète.

C'est souvent cet écart entre ce que je comprends et ce que je parviens réellement à vivre qui peut devenir un objet d'accompagnement.

En Gestalt-thérapie comme en coaching, selon la nature de la demande et le cadre défini ensemble, il devient possible d'explorer non seulement ce que l'on voudrait changer, mais aussi ce qui se passe concrètement au moment où l'ancienne réponse revient.

L'objectif n'est pas de décider à votre place de ce qu'il faudrait conserver ou abandonner. Il est de retrouver davantage de choix là où certaines réponses semblent s'imposer d'elles-mêmes.

Je vous accompagne au cabinet au Diamant, en Martinique, ou à distance en visioconférence.

Décider de changer compte. Mais une décision ne suffit pas toujours à transformer durablement une manière de faire ou d'être. Les recherches sur les habitudes soulignent le rôle des contextes récurrents. Le maintien d'un changement dépend également des motivations, de l'autorégulation, des ressources disponibles, des habitudes et des influences environnementales et sociales.

La Gestalt-thérapie apporte un autre éclairage : nos réponses prennent forme dans notre relation à l'environnement. Certaines méritent d'être conservées. D'autres demandent un nouvel ajustement lorsque les conditions ont changé.

La question de la rentrée n'est donc peut-être pas : « Comment réussir à changer mes habitudes ? »

Elle pourrait plutôt être : « Parmi tout ce qui reprend, qu'est-ce qui me convient encore et qu'est-ce que je continue simplement à reproduire ? »

Reprendre, mais pas comme avant, ne signifie pas nécessairement tout changer. Cela peut commencer plus modestement : remarquer ce qui revient, comprendre à quoi cela répond, puis retrouver la possibilité de choisir.

Références

Bouton, M. E. (2021). Context, attention, and the switch between habit and goal-direction in behavior. Learning & Behavior, 49, 349-362.

de Bloom, J., Kompier, M. A. J., Geurts, S. A. E., de Weerth, C., Taris, T. W., et Sonnentag, S. (2009). Do We Recover from Vacation? Meta-analysis of Vacation Effects on Health and Well-being. Journal of Occupational Health, 51(1), 13-25.

Kwasnicka, D., Dombrowski, S. U., White, M., et Sniehotta, F. F. (2016). Theoretical explanations for maintenance of behaviour change: a systematic review of behaviour theories. Health Psychology Review, 10(3), 277-296.

Masquelier-Savatier, C. (2023). Comprendre et pratiquer la Gestalt-thérapie. Une démarche stimulant la liberté de l'être et sa créativité. 3e édition. InterEditions.

Webb, T. L., et Sheeran, P. (2006). Does changing behavioral intentions engender behavior change? A meta-analysis of the experimental evidence. Psychological Bulletin, 132(2), 249-268.

Wood, W., et Rünger, D. (2016). Psychology of Habit. Annual Review of Psychology, 67, 289-314.

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