Être compétente.
Occuper une fonction à responsabilité.
Avoir franchi des étapes exigeantes.
Et pourtant, douter silencieusement. :
Ai-je vraiment ma place ici ?
La question ne concerne pas seulement la confiance.
Elle touche à la légitimité.
Compétence visible, légitimité fragile
Beaucoup de femmes managers décrivent cette tension tenace.
Elles tiennent le cadre.
Elles prennent des décisions.
Elles portent des responsabilités complexes.
Et pourtant, à l’intérieur, quelque chose hésite.
Avant une réunion stratégique : respiration plus courte, vigilance accrue.
Après une réussite : Ce n’était pas si difficile.
Après un compliment : Ils me surestiment.
Ce vécu correspond à ce que l’on nomme couramment le syndrome d’imposteur, désigné en psychologie comme le phénomène d’imposture.
Les travaux publiés en avril 2025 dans Frontiers in Psychology par Erkan Taşkıran et ses collègues mettent en évidence une articulation précise entre estime de soi, phénomène d’imposture et satisfaction professionnelle.
Leur étude montre que :
- une estime de soi faible ou instable est associée à une intensification du sentiment d’imposture ;
- ce sentiment agit directement sur la satisfaction de carrière ;
- l’attribution externe des réussites (chance, contexte) entretient l’illégitimité.
La compétence n’est donc pas absente.
C’est l’intégration intérieure de cette compétence qui vacille.
De quoi dépend le sentiment de valeur ?
La question devient alors plus structurelle : qu’est-ce qui fonde l’estime de soi ?
En 2025, Daniela Renger et Sophus Renger, dans New Ideas in Psychology, proposent une perspective tripartite du rapport à soi.
Ils distinguent :
- l’auto-évaluation basée sur la performance,
- l’auto-bienveillance,
- le respect de soi fondé sur l’égalité de dignité.
Ce troisième niveau est essentiel pour comprendre la légitimité.
Il ne s’agit plus de se juger compétente.
Il s’agit de se reconnaître comme ayant une valeur égale, indépendamment des fluctuations de performance.
Lorsque l’estime repose essentiellement sur les résultats, elle devient conditionnelle.
Elle dépend du regard extérieur et devient instable.
La légitimité reste à prouver.
La reconnaissance : un soutien parfois ambivalent
On pourrait penser que la reconnaissance professionnelle stabilise l’estime de soi.
Les travaux publiés en février 2026 dans Group & Organization Management nuancent cette idée.
Les chercheurs y montrent que certaines formes de gratitude organisationnelle peuvent, selon le contexte et la perception qu’en a la personne, renforcer le sentiment de légitimité… ou au contraire accroître la pression implicite à maintenir le niveau attendu.
Recevoir un compliment ne garantit donc pas une sécurité intérieure.
Tout dépend de la manière dont cette reconnaissance est intégrée.
Si elle reste externe, elle ne constitue pas un appui durable.
Elle peut même intensifier la peur de ne pas être à la hauteur.
Beaucoup de femmes managers vivent cette tension :
validation visible, doute persistant.
Perspective Gestalt : restaurer le contact
En Gestalt-thérapie, la légitimité ne se corrige pas par un raisonnement.
Elle se travaille dans l’expérience.
La place ne se décide pas mentalement.
Elle s’éprouve dans le contact.
Contact avec le corps.
Contact avec l’émotion.
Contact avec la relation.
Dans une situation professionnelle exigeante :
Suis-je en contact avec ma respiration ?
Avec mes appuis ?
Avec ce que je ressens réellement ?
Ou suis-je absorbée par l’image que je donne ?
Le sentiment d’illégitimité apparaît souvent lorsque le regard extérieur devient le principal point d’appui.
Restaurer le contact signifie :
– sentir la tension sans l’éviter,
– distinguer les faits des interprétations,
– reconnaître l’émotion sans s’y réduire.
Dire :
“Je sens une appréhension.”
Plutôt que :
“Je ne suis pas légitime.”
Ce déplacement modifie l’expérience.
La légitimité devient moins une évaluation permanente et davantage une présence stable.
Habiter sa place
Les données récentes convergent vers un constat clair :
La légitimité ne se construit ni exclusivement par la performance,
ni uniquement par la reconnaissance.
Elle se stabilise lorsque :
– l’estime de soi ne dépend pas entièrement des résultats,
– les réussites sont intégrées comme cohérentes avec ses compétences,
– la relation à soi reste vivante dans la situation.
Habiter sa place ne signifie pas ne plus douter.
Cela signifie pouvoir douter sans se quitter.
Ce n’est pas occuper plus d’espace.
Ni se faire plus petite.
C’est sentir intérieurement :
Je peux être ici.
Peut-être que la question n’est pas :
“Comment devenir plus confiante ?”
Mais plutôt :
“Comment rester en appui sur moi, ici et maintenant ?”
C’est souvent dans cette présence que la juste place se révèle.
Si ces questions résonnent pour vous, il peut être précieux de les explorer dans un cadre sécurisé et soutenant.
Un rendez-vous découverte, sans engagement. Simplement pour clarifier où vous en êtes.
Sources
Taşkıran, E., Gençer Çelik, G., Kartaltepe Behram, N., Dinç Elmalı, E., & Öngel, G. (2025).
Unraveling the complex interplay: self-esteem, impostor phenomenon, proactive personality, and their influence on career satisfaction. Frontiers in Psychology.
https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fpsyg.2025.1583454/full
Renger, D., & Renger, S. (2025).
A tripartite perspective on self-evaluation: Three forms of self-regard and their social basis. New Ideas in Psychology.
https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0732118X25000376
Group & Organization Management (2026).
Gratitude as Mirror, Not Salt: Re-Centering Legitimacy and Moral Self-Regulation in Organizational Life.
https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/10596011261425546

